Capital humain/Monde : Des déficit actuels amputent de moitiés les revenus des futurs enfants nés aujourd’hui
Marie-Louise Félicité BIDIAS
« La prospérité des pays à revenu faible et intermédiaire repose sur leur capacité à développer et à protéger leur capital humain. Or nous constatons que de nombreux pays peinent à améliorer la nutrition, les apprentissages et les compétences de leur main-d’œuvre actuelle et future, ce qui suscite des inquiétudes quant à la productivité du travail et aux types d’emplois que leurs économies pourront soutenir à l’avenir, souligne Mamta Murthi, à la tête de la vice-présidence Population du Groupe de la Banque mondiale. En élargissant les investissements dans le capital humain aux milieux qui façonnent la vie des individus au quotidien, à savoir le foyer, le quartier et le lieu de travail, on active de véritables leviers d’accumulation de capital humain. »
La sortie de ce rapport s’accompagne du lancement d’une version étendue de l’indice de capital humain, baptisée ICH+, qui fournit de nouvelles données nationales et régionales pour le suivi de l’accumulation de capital humain de la naissance à l’âge de 65 ans, ainsi qu’un indicateur permettant de mesurer l’impact des déficits en termes de manque à gagner sur les revenus du travail futurs. Cet indicateur permet d’observer, pour la première fois, la manière dont les gains — ou les pertes — de capital humain sur le marché du travail influent sur la productivité tout au long de la vie.
L’importance de certains environnements
Certains environnements sont favorables, au nombre desquels, le foyer. Les déficits de compétences liés à la situation familiale apparaissent avant l’âge de cinq ans — c’est-à-dire avant que la plupart des enfants des pays à revenu faible et intermédiaire n’entrent à l’école — et ils perdurent globalement tout au long de l’adolescence. La disponibilité de ressources au sein du foyer ne compense pas le manque d'attention et de soins accordés aux enfants, lequel se traduit par des résultats plus faibles aux tests d'aptitudes scolaires et une prévalence accrue de la dépression. Le rapport met en outre au jour des taux élevés de violences éducatives dans les foyers, ce qui suggère une marge d’amélioration considérable dans l’environnement des soins à la maison.
De même que le quartier. De nouvelles données indiquent que les enfants qui grandissent dans des quartiers plus riches gagneront à l'âge adulte deux fois plus que ceux des quartiers plus pauvres, même si leurs parents possèdent le même niveau de revenu et d’études. Le quartier joue un rôle déterminant dans l’accès aux écoles et aux centres de santé, mais pas seulement. L’exposition à la pollution, à la criminalité ou à des infrastructures déficientes dépend également du quartier où l’on vit, et ces éléments influent directement sur la santé, les apprentissages et le développement des compétences.
Et enfin, le lieu de travail. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, les travailleurs indépendants gagnent moitié moins que les salariés pour chaque année d’expérience supplémentaire. Environ 70 % de la main-d'œuvre est concentrée dans la petite agriculture, des emplois indépendants précaires ou des microentreprises, soit autant d'activités qui offrent en règle générale peu de possibilités de formation formelle ou d’apprentissage sur le tas. Les faibles taux de participation au marché du travail limitent encore davantage l’acquisition de compétences : environ 50 % des femmes ne sont pas actives, tandis que près de 20 % des jeunes n’étudient pas ni ne travaillent.
Les données
« Les données montrent que les politiques qui prennent en compte les facteurs d’accumulation de capital humain dans chaque environnement peuvent améliorer la nutrition, l’apprentissage et le développement des compétences au travail. En permettant à un plus grand nombre d’individus d’acquérir des compétences tout au long de leur vie, les pays peuvent enclencher un cercle vertueux : l’augmentation de la productivité entraîne une hausse des salaires, ce qui incite davantage les familles et les communautés à investir dans la prochaine génération », explique Norbert Schady, économiste en chef pour la vice-présidence Population du Groupe de la Banque mondiale.
Des pays ayant des niveaux de revenus similaires peuvent afficher des indices de capital humain très différents, ce qui suggère que les ressources ne sont pas le seul facteur qui freine l’accumulation de capital humain.
La Jamaïque, le Kenya, la République kirghize et le Viet Nam sont les pays les plus performants compte tenu de leurs niveaux de revenu.
Il existe des écarts marqués entre les sexes : l’ICH+ calculé en ne tenant compte que de la population féminine est inférieur de 20 points à celui des hommes. Un écart qui s’explique en grande partie par les disparités de genre dans la participation à la vie active et dans la qualité des emplois.
Quelques recommandations
Le rapport met en lumière plusieurs recommandations, comme mettre en place des programmes d’éducation parentale et d’enseignement préscolaire qui favorisent des apprentissages précoces et améliorent l’environnement d'épanouissement des enfants.
Cibler les quartiers en difficulté, en mettant l’accent sur l’amélioration de la nutrition, des acquis scolaires et du développement des compétences en cours d’emploi grâce à la collaboration entre tous les ministères, au-delà des seuls secteurs de l’éducation et de la santé.
Réformer le marché du travail pour étendre les dispositifs de formation en apprentissage, les services de garde d’enfants et les formations sur le tas.
Promouvoir des politiques qui intègrent les services publics dans les foyers, les quartiers et les lieux de travail, ainsi qu’un ambitieux programme d’action sur les données afin de suivre les progrès accomplis.
Source : Groupe Banque mondiale
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