Bénin/ Maltraitance des personnes du 3ème âge : Quel clair sombre au soir de sa vie !

Être démuni et âgé aujourd’hui en Afrique et au Bénin en particulier, constitue un fardeau difficile à porter. Maltraitance, rejet, mépris, indifférence et maladies, sont le lot quotidien de plusieurs personnes du 3ème âge. Le sort réservé à cette tranche de la population malgré les politiques, réformes et actions mises en place continue d’être problématique.

Marie-Louise Félicité BIDIAS

Prendre soin des personnes du 3ème âge


Sur le bord d’un lit d’hôpital, un vieil homme, amaigri à l’extrême, mât et pâle, est assis. Un pagne noué, complètement déteint, sur ses reins, torse nu et un masque de protection en tissu encadre la totalité de son visage plissé. Un vieux poste radio et deux statuettes jumélaires, ses compagnons quotidiens, font guises de protection contre tout mauvais sortilège. « Je ne sais plus si je serais un jour encore autorisé à sortir », gémit-t-il. Sous son lit, comme bagages : des petits colis dans des sachets en plastiques noirs contenant du linge usagé, de la vaisselle, des casseroles, quelques vivres de fortune, un fourneau à charbon et des sceaux. En prêtant attention, on remarque une fillette, 6 ans, comme enfermée dans une coquille, vivotant dans cet univers sombre aux senteurs médicamenteuses laissant à désirer. Elle y est avec sa maman, pour assister son grand-père atteint d’une certaine maladie rénale. Dans plusieurs grandes agglomérations du Bénin, dont la ville de Cotonou, le sort de certaines personnes du troisième âge demeure encore une équation à plusieurs inconnues. Les plus démunies surtout subissent toutes sortes d’humiliations et de mauvais traitements. Mamy Rebecca Ahui, 75 ans, du fait de son état de santé a dû quitter la concession familiale de son mari, dans un quartier populaire de la place pour venir dans un autre. « Je vis dans cette maison en bambou, avec ma petite fille. Tous mes enfants et mon mari sont décédés depuis. C’est son petit commerce de divers produits de première nécessité qui nous aide à nous nourrir ». Une chute dans la concession, il y a quelques semaines la maintient paralysée des deux pieds. « Je suis restée allongée au sol, me tordant de douleur et appelant de l’aide, mais personne n’étant présent, mes cris ont été vains. N’eusse été notre voisin, qui avait oublié son portable à la maison, qui m’a trouvé dans cet état. Il m’a conduit dans le centre de santé le plus proche », se souvient-t-elle encore. Elle est couchée sur une natte de fortune dans un intérieur d’une étroitesse surprenante. « Je me sens tellement inutile et m’ennuie à longueur des journées », se lamente-t-elle, d’un ton faible, en langue locale fon, sous une quinte de toux roque. L’OMS affirme que d’ici à 2030, une personne sur six dans le monde aura 60 ans ou plus. Dans le même temps. En 2050, la population de personnes âgées de 60 ans et plus dans le monde aura doublé pour atteindre 2,1 milliards. Le nombre des personnes âgées de 80 ans et plus devrait, pour sa part, tripler entre 2020 et 2050 pour atteindre 426 millions. Le Bénin n'est pas resté en marge de ces bouleversements sociodémographiques. En effet, les effectifs de la population des personnes du troisième âge ont connu également une forte croissance atteignant actuellement plus d'un demi-million d’individus (Rgph4, 2013). Selon l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSTaD), la proportion des personnes âgées de 65 ans et plus, est estimée à 2,8%.


Un sort qui laisse à désirer


C’est dans ce contexte que de plus en plus de personnes du troisième âge sont victimes de maltraitance. « Nous sommes souvent traités d’oiseau de mauvais augure, on nous prodigue toutes sortes d’injures pour des rien du tout », s’apitoie Papy Juste, 80 ans révolu. Cet ancien militaire déclare encore : quand quelqu’un vieillit son cercle d’amis diminue, il devient exclu pratiquement de la société. « Pourtant, il n’est pas permis à n’importe qui d’atteindre le troisième âge », se défend Bouriana Akadiri Daguia, de la plateforme des personnes âgées du Bénin (PtA-Bénin). «
La maltraitance des personnes âgées consiste en un acte unique ou répété, ou en l’absence d’intervention appropriée, dans le cadre d’une relation censée être une relation de confiance, qui entraine des blessures ou une détresse morale pour la personne qui en est victime. C’est donc une violation des Droits de l’Homme, qui recouvre les violences physiques, sexuelles, psychologiques ou morales », formule l’OMS. De même que l’abandon, la négligence, l’atteinte grave à la dignité et le manque de respect.
« Les personnes du troisième âge jouent un rôle de gardien de la mémoire transmettant ainsi des savoirs et des valeurs à la société », avait déclaré la directrice départementale des Affaires sociales et de la microfinance du Littoral, Geneviève Arawo. Juste Lavenir Boko, secrétaire général de la Plateforme PtA-Bénin, affirme : « On ne planifie pas comme les occidentaux qui se basent sur des statistiques précises pour faire des projections concrètes. En Afrique, nous n’avons pas encore la vraie reconnaissance de la valeur de la personne humaine ».
Pourtant le Programme d'Actions du Gouvernement (PAG 2021-2026) a intégré les personnes du 3ème âge dans son troisième pilier dédié à l'amélioration du bien-être social et de la protection sociale. Beaucoup d’initiatives et projets ont été mis en place ; tel que les projets d’Appui à l’Intégration Socio-économique des Personnes Vulnérables (personnes du 3ème âge, handicapés, sinistrés, orphelins et enfants vulnérables) dans plusieurs communes. La Ministre des Affaires sociales, Véronique Tognifodé a réaffirmé l’attachement du Gouvernement aux intérêts des Personnes âgées et son engagement à continuer d’œuvrer pour leur protection et leur épanouissement. Elle promet agir pour le renforcement des actions de communication et de sensibilisation contre l’âgisme et les autres formes de maltraitance auxquelles sont exposées les personnes âgées.


Des actions porteuses...


Plusieurs initiatives pourtant existent pour aider les personnes du troisième âge en difficultés, comme les maisons de retraite. Mais elles demeurent encore insuffisantes. Le Jardin Saint Camille de Savi, le Centre des Oblates catéchistes petites servantes des pauvres de Tokan et de Porto-Novo, abritent des pensionnaires indigents, sans famille, choisis selon certains critères bien définis. De même, à Agblangandan (dans la commune de Sèmè-Podji), il existe le centre d’accueil des personnes âgées dépendantes. Il accompagne les personnes qui manquent de soutien, cible vulnérable. Il met en place des outils d’épanouissement pour leur permettre d’être heureuses de vivre. L’Association pour l’entretient des personnes âgées et démunies (AEPAD), fait aussi œuvre utile dans l'accompagnement des personnes âgées vulnérables à Cotonou. Elle vise à améliorer leur qualité de vie par des activités sociales et un soutien matériel. En dehors de cette solidarité organique, il existe la solidarité familiale qui se manifeste par les aidants, les voisins et la famille.
L’intégration sociale des personnes du 3ème âge souffre de l’absence des programmes de bénévolat ou des projets fondés sur la solidarité intergénérationnelle. L’article 26 de la Constitution béninoise stipule bien que « L’Etat protège la famille et particulièrement la mère et l’enfant. Il veille sur les handicapés et les personnes âgées ». Plusieurs actions gouvernementales sont menées pour éliminer la maltraitance des personnes âgées. C’est les cas : du guide alimentaire pour les personnes âgées, la politique holistique pour le vieillissement en bonne santé et son plan d’action, et l’étude diagnostique sur l’identification des besoins spécifiques des personnes âgées.
Lavenir Boko, secrétaire général de la plateforme des personnes âgées du Bénin, réaffirme la nécessité d’avoir un cadre légal à travers le vote de la loi portant promotion et protection des personnes âgées. Le ministère des Affaires sociale étant à pied d’œuvre dans le dossier d’avant-projet de ladite loi. Le travail technique est fait et les décrets d’application déjà rédigés.


Pour sortir de l’engrenage


Juste Lavenir Boko estime que l’Etat, doit considérer les personnes âgées comme des valeurs sûres. « Indépendamment de leur bagage intellectuel, de leur situation. Il faut qu’on puisse savoir qu’on a affaire à une personne humaine. Commencer par les associer dans tous les secteurs de développement. Mettre en place des structures de personnes âgées dans chaque commune où les élus locaux comme les populations puissent aller chercher des conseils », prône-t-il. Des experts de l’OMS proposent pour prévenir la maltraitance, des interventions comme des campagnes de sensibilisation du public et des professionnels ; des dépistages des victimes et des auteurs de violence ; des soutiens aux personnes. Non sans oublier une collaboration étroite entre différents secteurs dont l’éducation et la santé. Non sans compter aussi toutes les actions et mesures prises et mises en place par le Comité international de la Croix rouge.
Une chose est sûre, qu’on le veuille ou non : on vieillira bien un jour et la roue tournera, mais de quel côté !

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